Empreinte biodiversité : "Il ne faut pas attendre l'émergence de l'indicateur idéal, car il sera trop tard !"

Empreinte biodiversité : "Il ne faut pas attendre l'émergence de l'indicateur idéal, car il sera trop tard !"
Avis d'expertÉvènementISR / Impact investing
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le 14/12/2021

Le 7 décembre se sont tenues les "Rencontres ISR et Capital Humain" organisées par Option Finance et Humpact. Lors de cet évènement, Clément Lavallez, Consultant associé chez Amadeis spécialiste en finance durable est intervenu aux côtés d'Augustin Vincent, Responsable de la recherche ESG chez Mandarine Gestion lors de l'atelier modéré par Catherine Malecki, Professeur de droit privé à l'Université Rennes 2, portant sur l’intérêt pour les investisseurs institutionnels de maîtriser le sujet de la biodiversité. 

La biodiversité est un ensemble extrêmement complexe, matérialisé par un très grand nombre d’indicateurs qualitatifs et quantitatifs. Il n’existe pas d’indicateur unique et agrégé similaire à l’équivalent tonne de CO2 pour l’empreinte carbone. Deux types de mesures semblent émerger aujourd’hui pour estimer l’impact négatif de l’activité économique sur la biodiversité : une mesure de la richesse des espèces (nombre d’espèces différentes dans un espace donné) et une mesure de l’abondance moyenne des espèces (taille de la population des différentes espèces dans un espace donné). 

A partir des ces mesures, une douzaine d’outils et bases de données sont en cours de développement, dont deux initiatives françaises particulièrement adaptées à l'analyse de portefeuilles : le BIA - Global Biodiversity Score (développé par CDC Biodiversité et Carbone 4 Finance) et le Corporate Biodiversity Footprint (développé par Iceberg Data Lab et I Care & Consult pour un groupement de sociétés de gestion françaises). Ces deux métriques se basent sur un indicateur d'abondance moyenne des espèces et permettent de mesurer l’impact sur la biodiversité d’un portefeuille d'actifs financiers en distinguant la contribution des différentes pressions : changement climatique, pollution, utilisation des sols...

Il y a encore peu de données disponibles liées à l'empreinte biodiversité, notamment de la part des entreprises. Cette matière va toutefois évoluer très vite grâce aux futures réglementations européennes liées à l'environnement. Il ne faut surtout pas attendre l'émergence de l'indicateur d'empreinte de biodiversité idéal, car il sera trop tard ! L’objectif est bien de définir, avec les moyens dont nous disposons actuellement, une trajectoire crédible de réduction de l’empreinte biodiversité des portefeuilles pour espérer atteindre les objectifs internationaux.

Clément Lavallez, Amadeis

La perte de biodiversité représente un risque financier considérable pour les investisseurs, probablement supérieur à celui lié au changement climatique et qui va se matérialiser plus rapidement. Pourtant, l’évaluation de l’impact et de la dépendance des investissements vis-à-vis de la biodiversité est une matière encore très récente. Il est ainsi nécessaire de rapidement rattraper le retard pris sur la lutte contre le changement climatique, notamment parce que ces deux sujets sont fortement interconnectés.

De ce point de vue, la règlementation est un formidable moteur favorisant l’innovation et la prise en compte de ces sujets par les entreprises, les institutions financières et les investisseurs :

  • Après l'Article 173, la France maintient avec l'Article 29 de la Loi Energie-Climat (2019) son positionnement de pionnier en matière de réglementation environnementale à destination des acteurs financiers. Ce texte leur impose notamment de définir dès 2022 une stratégie d’alignement sur les objectifs internationaux de biodiversité, avec des objectifs quantitatifs à horizon 2030, et d'analyser la contribution à la réduction des principales pressions sur la biodiversité au moyen d'un indicateur d’empreinte. En 2023, il faudra identifer, mesurer et gérer les risques liés à l’érosion de la biodiversité dans la cadre de la politique d'investissement. 
  • Deux des six objectifs environnementaux de la Taxonomie européenne (« protection et restauration de la biodiversité et des écosystèmes » et « utilisation durable et protection des ressources aquatiques et marines ») sont liés à la biodiversité et seront mis en application en 2023.

Pour avoir plus d'informations sur l'évènement et cette intervention, cliquez ici.

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